[NATUROPATHIE ET GROSSESSE] : L’HYPERÉMÈSE GRAVIDIQUE

Quand être enceinte vire au cauchemar !

Imaginez vomir jusqu’à 20 fois par jour, la nuit également, ne plus arriver à manger, être fatiguée, ne pas comprendre ce qui se passe ni quand ça s’arrêtera, avoir peur pour soi et pour son bébé…..
Et bien c’est ce que vivent les femmes atteintes d’hyperémèse gravidique.
Ce qui devait être une belle aventure devient un calvaire !

L’hyperémèse gravidique est une maladie de grossesse encore mal connue et reconnue.
Si 30 à 50% des femmes enceintes sont sujettes aux nausées (matinales bien souvent durant le premier trimestre de grossesse), cette maladie de grossesse toucherait entre 1 et 5% des grossesses (pas de chiffres exactes car pas d’études réalisées sur ce sujet).


Qu’est ce que l’hyperémèse gravidique ?

C’est la forme sévère des nausées et vomissements « classiques » de la grossesse.
Dans cette maladie, les nausées et les vomissements sont amplifiés. On parle de vomissements incoercibles, parfois violents, plusieurs fois dans la journée…..jusqu’à 20 fois pour certaines et également la nuit pour d’autres !
Pas ou peu de répit pour ces femmes qui, en plus de vivre un véritable tsunami au niveau physique, font aussi face à l’incompréhension de leur entourage et bien souvent du corps médical, impuissant devant l’ampleur des symptômes.

les petits maux de la grossesse

Les vomissements débutent en général entre la 4ème et la 8ème semaine d’aménorrhées. Ils disparaissent bien souvent à la fin du premier trimestre mais pour certaines mamans, ils se prolongent jusqu’à l’accouchement. 9 mois à vomir !

Si les mamans vomissent beaucoup, elles ont aussi beaucoup de mal à à manger et surtout à garder ce qu’elles mangent.
Donc manger devient un souci avec en plus le stress de se demander s’il va vite falloir courir aux toilettes.

Il n’y a pas encore de causes exactes mises en avant dans l’hyperémèse gravidique mais des pistes pointées du doigt. Les études manquent, les recherches aussi.
Parmi les « causes » retenues pour le moment :

– la piste hormonale : les femmes concernées par l’hyperémèse gravidique seraient plus sensible à l’hormone de grossesse, la béta HCG.
– la piste génétique : il y aurait une pré-disposition génétique à développer le trouble. Une étude récente, menée par M.Fenzo aux USA et publiée par « Nature Communications »*, a pointé du doigt deux gènes jouant un rôle dans la fabrication du placenta, dans l’appétit et de l’asthénie.

Il est important aussi de soulever que ce n’est pas un trouble psychologique et/ou psychiatrique…non, ce n’est pas dans la tête !!

maux de grossesse et naturopathie

Quels sont les risques ?

Les conséquences de l’hyperémèse gravidique dépendent de la sévérité du trouble, de la maman, de ce qu’elle est capable d’absorber, de son état de fatigue etc. Il n’y a donc pas de règle. Toutes les mamans ne vont pas forcément ressentir la même chose et avoir les mêmes problématiques de santé.
Parmi les conséquences habituelles, on note :

> une perte de poids plus ou moins importante par « défaut » d’alimentation, pouvant aller de 5 kgs à parfois 20kgs….Rien d’étonnant quand on sait que la maman n’arrive pas à garder ce qu’elle mange…..quand elle peut manger !
– un risque de déshydratation car quand on vomit, on perd beaucoup de liquides.
– une fatigue extrême car les vomissements à longueur de temps épuisent le corps qui n’a déjà plus beaucoup de ressources. C’est un vrai cercle vicieux…
– des carences nutritionnelles par manque d’absorption de vitamines, de minéraux, de nutriments
– une baisse de tension avec éventuellement des vertiges, des malaises voire parfois des pertes de connaissances.

Les traitements habituels donnés pour aider ces mamans sont des antiémétiques, qui ne sont généralement pas suffisants, et/ou des antihistaminiques qui peuvent soulager quelque peu.
Lorsque la perte de poids et la déshydratation sont trop importants, une hospitalisation est mise en place.
Une prise en charge médicale suffisamment tôt est nécessaire pour éviter les complications parce que les principaux risques d’évolution de la maladie sont la morbidité maternelle et/ou foetale.
On estime qu’entre 0,3 et 2% des décès maternels et foetaux seraient associés à l’hyperémèse gravidique.
Il est donc important de ne pas banaliser et minimiser les nausées et les vomissements lorsqu’ils paraissent anormaux, trop fréquents ou trop violents. Et il est donc nécessaire de consulter un médecin.

Au-délà des conséquences physiques vues plus haut, l’impact sur l’émotionnel et le moral sont aussi à prendre en compte.
Rien d’étonnant car on sait en naturopathie que le physique est relié à l’émotionnel et au mental et vice-versa……c’est l’équilibre de notre santé.

Les femmes sujettes à l’hyperémèse gravidique sont, bien souvent, dans un état de détresse émotionnelle profonde.
Elles ont peur, elles doutent, elles en ont marre, elles sont épuisées…
Ce stress et cette anxiété qui se développent en parallèle d’une faiblesse physique ne sont pas à négliger car ils sont réels et participent au mal-être que ressentent les mamans.
Mal-être pouvant aller jusqu’à la dépression pré-natale.
Ces mamans se posent des questions, elles ne savent pas combien de temps cela va durer, ni si elles auront la force d’aller au bout…
Elles craignent de faire du mal à leur bébé, qu’il ne reçoive pas assez pour se développer, elles craignent pour la vie de leur bébé mais aussi pour leur propre vie !

Ces mamans sont en mode SURVIE….
Elles ne vivront pas toutes la situation de la même manière ni avec la même intensité !

De nombreuses femmes, à bout, décident de mettre fin à leur grossesse car elles ont la sensation que celle-ci met leur santé en péril et qu’elles ne s’en remettront jamais….
Entre 15 et 22% des femmes auraient recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse). Cette décision serait motivée par :
– la peur que bébé ne soit pas normal
– peur de mourir
– détresse émotionnelle
– incapacité à s’occuper d’elle ou de sa famille
– culpabilité de ce qu’elle impose à son bébé, à son.sa partenaire, à son aîné
– mauvaise prise en compte de sa souffrance par le corps médical
– pas de soulagement même avec les traitements

Ces femmes, qu’on n’arrive pas à soulager, préfèrent voir leur grossesse s’envoler..

Comment aider une maman enceinte souffrant d’hyperémèse gravidique?

En accompagnement de la grossesse en naturopathie, on porte une attention particulière à l’alimentation de la maman et on s’assure d’apports suffisants en nutriments et micronutriments.
Or, dans le cadre d’une hyperémèse gravidique, on se retrouve confronter à un souci : le corps rejette les aliments.

Il va falloir alors trouver avec la maman, en parallèle d’un suivi médical, des idées à tester pour lui permettre d’apporter à son corps un minimum de nutriments et d’éviter une trop grande perte de poids.

On peut lui conseiller de faire des tous petits repas à la fois, de fractionner ses repas, c’est-à-dire de manger moins mais plus souvent.
Proposons lui, si besoin, des astuces personnalisées auxquelles elle n’aura peut-être pas pensé comme les jus de fruits, de légumes, les smoothies toujours petite quantité par petite quantité ou encore des tisanes chaudes ou glacées selon ce qui passe le mieux. On peut aussi envisager de congeler une infusion de gingembre râpé dans des bacs à glaçons et en sucer un pour limiter les nausées.

Inutile de lui rabâcher qu’il faudrait qu’elle mange davantage, plus de ceci, moins de cela, de lui dire d’essayer, de se forcer….elle sait déjà tout cela …elle fait comme elle peut et ça l’agace déjà assez pour éviter qu’on en remette une couche !
Fichons lui un peu la paix sur le sujet de l’alimentation… qu’elle mange ce qu’elles peut, quand elle peut.

Le REPOS ET RELAXATION sont des clés essentielles pour accompagner une future maman.
Dans les moments « hors-crises », il va être alors intéressant pour la maman de se reposer au maximum.
Les nuits sont pour certaines chaotiques, il est important qu’elles se reposent dès que possible…..c’est LA priorité.
Pour d’autres, les journées se résument en aller-retour aux toilettes ; elles ne voient pas d’accalmie dans leur journée.
Pourtant, dès que cela est possible, il est primordial qu’elles prennent le temps de se poser, de se calmer, de bien respirer…. L’organisme a besoin de se calmer et de récupérer.
Ces temps de pause peuvent aussi être le moment, si la maman apprécie, pour écouter des méditations, de l’auto-hypnose, de la musique. On sait que l’anxiété va jouer aussi sur les nausées et les vomissements.

La maman sera d’autant plus capable de s’autoriser ces moments pour elle, sans culpabilité si elle se sent soutenue par son entourage et écouter.

SOUTIEN ET ÉCOUTE EMPATHIQUE
Une maman enceinte qui passe son temps à vomir, à se sentir mal, à stresser et qui va être épuisée au point que ses jambes ne vont plus la porter a le droit de se plaindre.
La meilleure chose qu’on puisse faire est de l’écouter…… sans apporter de jugements ou de conseils du type «ça va passer, pense à autre chose, mets-y du tien »

grossesse et naturopathie

Si vous êtes un proche ou un ami, laissez lui la place de s’exprimer, permettez lui de crier sa souffrance et son désespoir. Soyez présent pour elle autant que possible.

Il est nécessaire, selon moi, d’éxplorer son état ÉMOTIONNEL. Comment se sent-elle vraiment ? Nous pouvons ainsi la connecter à son coeur, à ses émotions pour qu’elle s’autorise à verbaliser. En tant que thérapeute, il est important de favoriser un espace « secure » pour que cette maman puisse dire ce qu’elle ressent, ce qui se passe en elle. Y a t’il quelque chose qu’elle n’arrive pas à « digérer »? Le travail sur l’émotionnel est toujours important car, même si cela ne semble pas être l’origine du souci, nos états d’âmes ont un impact et sont liés à notre corps physique qui peut, à sa façon, retranscrire les émotions.

Mamans, il n’est pas bon de rester seule, de s’isoler. Vous trouverez du soutien auprès des groupes de paroles sur les réseaux sociaux ou via des associations comme « 9 mois avec ma bassine » ou « association de lutte contre l’hyperémèse gravidique ». Du soutien de femmes à femmes 😉

Il faut aussi selon moi faire connaitre ce trouble dans notre entourage car non, ce ne sont pas QUE des nausées qui vont passer. Il faut faire changer les mentalités.

Pour terminer cet article, je vous partage une anecdote d’un accompagnement en naturopathie-grossesse avec une maman que j’ai eu il y a quelques mois et qui m’a profondément touché.

Je me souviens de cette maman qui est venue me voir à la fin de son premier trimestre de grossesse. Elle me décrivait son cauchemar et osait dire tout haut ce qu’elle pensait tout bas : elle n’en pouvait plus, ne voyait pas d’éclaircie dans son quotidien et elle en était à ne plus vouloir de cette grossesse. « j’en suis à espérer une fausse couche !
Ce sont des mots durs, pas facile à dire pour une femme enceinte, pas simple à avouer dans une société où on idéalise la maternité.
En tant que thérapeute, il faut aussi être prêt à entendre ces mots, sans jugement de notre part, sans critique. Pour cette maman, c’était sa vérité du moment et elle était à respecter.
Elle a pu enfin et pour un petit moment avouer sa douleur, sa tristesse et son désespoir. Et pourtant elle connait bien l’hyperémèse gravidique, c’était sa deuxième grossesse.

Mamans atteintes d’hyperémèse gravidique, de tout coeur avec vous !
Ne restez pas seule avec vos maux et vos mots….parlez-en à un thérapeute, votre gynécologue ou votre sage-femme lors de votre suivi de grossesse.

soutien de la femme enceinte en naturopathie

* www.associationhg.fr/_files/ugd/02955f_804a9de4ac4a4db4a9f2efced647a90b.pdf

La naturopathie en périnatalité c’est accompagner les maux de la grossesse, l’émotionnel de la femme enceinte et faire que la grossesse soit la plus sereine possible. Bien entendu, l’autre parent a sa place dans les divers accompagnements proposés en naturopathie.